![]() La crèche dans les églises Deuxième partie L'argile Troisième partie Un métier d'artisan
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Cependant, il faut noter, qu’il existe des représentations de la Nativité dans le sud de la France, comme les bas-reliefs de sarcophage dans la Cathédrale de St Maximin (Var). N’oublions pas, qu’aux XVIe, XVIIe et XVIIe siècles, on mettait en scène la naissance et la mort du Christ, dans les Eglises. Aujourd’hui seul Noël est représenté, par la crèche. Dans tous les cas, les historiens s’accordent sur la date de création et de diffusion de la crèche : durant la seconde moitié du XVI siècle, sous l’impulsion du mouvement artistique Baroque et du mouvement religieux de la Contre-Réforme. Les Oratoriens et les Franciscains sont de fervents artisans de cette ré-évangélisation des Catholique en Europe. Pour l’historien Régis Bertrand (qui est ma principale référence, je ne saurais trop vous recommandez ses ouvrages), ce sont Ces Oratoriens et leurs confréries de l’enfant Jésus qui ont développé ce phénomène de faire la crèche dans les Eglises au moment de Noël. De plus, sa théorie se conforte grâce à la durée de la crèche qui n’est pas de 12 jours comme ailleurs mais du 24 décembre au 2 février. Ces derniers étaient nombreux à Aix et Marseille, principaux foyers de ce phénomène. Les liens entre le port de Naples et de Marseille ont-ils amenés les figurines en France ? Les « santons » sont alors de très grands personnages, qui ressemblent plus à des statues qu’à nos santons actuels. Les mains et les visages sont en cire, très travaillés, et le reste du corps souvent en bois. Ils sont peints ou très richement habillés, surtout à l’époque Baroque, avec des tissus précieux, car rien n’est trop beau pour représenter le Sainte famille. Ne sont présents, que les personnages traditionnels : Jésus, Marie, Joseph, âne, bœuf, bergers, moutons et les rois mages. Leurs costumes sont bibliques, dans le style et les couleurs, comme les tableaux de la renaissance : Botticelli.
Ce sont des scènes de la nativité, loin de ce que nous appelons aujourd’hui crèche. C’était une manière d’éduquer les Catholiques, de leur montrer, pour les frapper dans leurs imaginaires, la naissance du Sauveur. Les premiers santons sont des outils pédagogiques et de rechristianisation. Au cours du XVII siècle, ces crèches se multiplient dans toutes les églises de Provence. La représentation de la Nativité devient un élément fort de l’évangélisation catholique, après le Concile de Trente, avec la contre- réforme. Facteur de renouveau dans la foi chez les croyants, elle devient une caractéristique catholique en Europe. Leurs développements aux pieds des autels influencent les riches familles qui viennent assister aux offices religieux, elles s’offrent des crèches dans leurs maisons. |
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C’est au XVIII siècle que se développent les petites crèches chez les particuliers les plus fortunés. Ce qui est intéressant, c’est de voir, que ce sont les Marseillais qui font entrer ce que nous appelons les santons ( c.a.d les autres personnages que ceux de la Nativité) dans la crèche. Il s’installe, les bergers mais aussi le petit peuple marseillais, comme les paysans et les vendeurs de rues qui deviennent des personnages venus porter des offrandes au nouveau né. Ce sont des petites scènes dans des cadres vitrés ou de vraies crèches comme dans les Eglises mais de plus petites tailles. Elles sont en verre filé de Nevers, en mie de pain cuites, vernies, puis peintes, en faïence de Moustier.
Il faut souligner, que la population à si bien accueillit cette nouvelle tradition qu’elle se l’approprie totalement, en y insérant sa vie de tous les jours. Quant à l’Eglise elle laisse se mêler profane et sacrée, sans problème. Peut-on aussi y voir une forme d’humanisation de la religion, dans ce siècle des Lumières, où l’homme devient le centre et plus dieu ? En effet, les personnages bibliques sont de moins en moins nombreux face aux personnages locaux. L’homme simple côtoie Dieu, sa vie de tous les jours, son travail, est mis au centre des regards. On humanise la religion. En conséquence, les historiens parlent d’« Europe crèchiste », où se développe localement l’habitude de faire la crèche à Noël : au sud, avec l’Espagne, l’Italie (Gênes, Savone et Naples) et la Provence, au Nord avec la Pologne, la Hongrie et la Russie. La crèche se peuple de sujets profanes locaux, véritables description de la société, hors des Eglises vers les maisons particulières, le paysage se régionalise. La diffusion de cette habitude, part toujours d’un centre urbain, capable de développer cet artisanat. Pour la Provence, c’est Marseille, qui répand dans toute la région cette tradition. On peut se demander pourquoi cette diffusion s’est faite à Marseille et pas dans des villes comme Toulouse, Montpellier ? A la fin du XVIII e siècle, l’attachement des Marseillais est très fort à cette coutume. Pendant la révolution française il y eu interdiction de faire la crèche dans les Eglises et chez les gens, mais les particuliers continuaient de faire leurs crèches à Noël, reconstituants chez eux de véritables églises. Le Concordat de 1802, l’autorisation aux particuliers de refaire la crèche dans les maisons. |
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Les marseillais vont peu à peu faire naître Jésus chez eux. Dès le début du XIX siècle, la crèche se démocratise à tous les foyers, par des figurines peu coûteuses achetées à la foire aux santons, à Marseille pendant la période de Noël. Faire la crèche devient une tradition populaire et presque une superstition pour tous marseillais fidèles à la religion et aux traditions. On régionalise de plus en plus les personnages et les décors, seuls la vierge, Saint Joseph, l’enfant Jésus et les rois restent aux couleurs bibliques. Notons, que la Sainte Vierge est en blanc et bleu, aux couleurs de la ville. Le santon tel qu’on le définit aujourd’hui naît à cette époque. Jean-Louis Lagnel (1764-1822), qui crée le santon en argile, moulé dans un moule en plâtre à 2 pièces (détaché ajout des bras et accessoires). Le santon en Provence est donc né à Marseille. Il crée une multitude de personnages, qu’il voit dans la rue : marchands ambulants, paysans, femmes au marché, passants, il croque les gens qu’il croise et les mets dans la crèche. A cette époque de nombreux santonniers s’installent, disciples de Lagnel, sculpteurs qui profitent de la demande croissante des gens pour ces objets. C’est la demande qui crée ces emplois. Nous reviendrons plus tard sur ces santonniers. Fin XIX et début XX, le santon est associé au mouvement félibrige. Mistral ou Elzeard Rougier chantent les louanges des santons et de leurs créateurs, il est devenu un objet identitaire fort et une tradition régionale unique en France. Devant l’uniformisation du pays, par la langue et l’abandon du costume traditionnel, il est un facteur rassembleur de tous les provençaux qui se reconnaissent en lui. Le santon est le souvenir d’enfance commun à tous les petits provençaux.
Enfin, un lien entre artistes et santonniers se crée avec les pastorales. Jouées par des amateurs ou des professionnels dans tous les théâtres de Marseille (la famille Truffier, santonniers, possédait le Théâtre Chave dans cette ville, et faisait jouer une pastorale régulièrement), elles inspirent les santonniers qui puisent leurs santons dans les personnages rocambolesques de ces dernières : pêcheur à la ligne, meunier, poissonnière… Peu à peu les artistes font connaître les santons et la crèches dans le reste de la France : des baraques sont montées à Paris dans les années mille neuf cent vingt, des expositions aux Arts décoratifs y ont lieu. Le santon se développe et les santonniers aussi, ils envahissent de plus en plus les allées Meilhan et font de la foire aux santons de Marseille, cet évènement longtemps unique. |
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La légendaire foire aux santons était à ses débuts une foire où l’on vendait des confiseries, de la mercerie et des fleurs. A partir de 1802, des santonniers forts de l’essor de la crèche familiale s’y installent pour vendre leurs productions. Lagnel s’y installe à partir de 1808. Elle débute le 4 décembre (Sainte Barbe) et se termine le 2 février (jour des Rois). Aujourd’hui c’est à partir du dernier dimanche de novembre jusqu’après Noël.
Le développement de cette foire va de pair avec la croissance du nombre de santonniers. En 1863, il y a quarante et une baraques, soixante et douze en 1869 ! Même les guerres n’interrompent pas les foires (Aubin Truffier fait la foire en 1870 à l’âge de onze ans, il remplace son père partit au front). Les années 1850-60 sont très florissantes. En plus des santons on vend tout ce qui est nécessaire pour faire la crèche : papier, mousse fraîche. Au XX e siècle, toute la décoration pour le sapin, sorte de foire de Noël, comme en Alsace. En 1808, la foire se déplace sur le cours Belsunce, puis sur le Boulevard Peytral, puis retourne à Belsunce. En 1833, elle est à nouveau sur les allées Meilhan. En 1854, les simples planches d’étalage deviennent de véritables abris, on les appelle désormais « les baraques ». La foire devient un rendez-vous incontournable pour toutes les familles marseillaises mais aussi de toute la région qui venaient exprès à Marseille à cette foire unique en son genre pendant très longtemps. La foire c’est aussi le rendez-vous de tous les santonniers qui chaque année créent un nouveau modèle ou plusieurs à cette occasion. Une saine concurrence pour être toujours novateur, et ne jamais recopier son voisin était la règle entre tous. Il faut expliquer brièvement, qu’à cette époque, les grandes familles de santonniers se prêtent leurs moules. Les santonniers ne possèdent pas un moule pour chaque personnage. Par exemple, un tel, à un modèle de jeune homme et le prête à un autre, en échange d’un modèle de vieille femme. Car, même avec les mêmes moules, chaque santonnier a son style, ses différences avec sa peinture, ses accessoires, qui fait que chaque modèle est unique. De plus en plus de personnages apparaissent, qui sont le fruit de l’imaginaire de chaque santonnier, comme le « Bartoumiou » crée par les Truffier.
Il existe des règles, qui régissent l’organisation de la foire et en fait la vie des santonniers. Les baraques sont privées et donc toutes différentes. Pour unifier cela, la municipalité de la ville, demande un interlocuteur : c’est la naissance du syndicat des santonniers. On impose les mêmes baraques pour tous. On peut « monter sa baraque » après avoir fait une demande. Les fils et filles de santonniers sont prioritaires par rapport aux nouveaux. Mais ils ne peuvent pas prendre la suite de leurs parents. Il y a, en effet, un sens : les nouveaux s’installent en haut du champs de foire,on descend au fur et a mesure des arrêts d’activité ou des décès.
C’est également un moyen de distinguer pour les clients, qui sont nouveaux, et qui sont anciens. |
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Le santon est alors différent de celui d’aujourd’hui : il s’appelle un détaché. Il est entièrement en argile et sort en plusieurs pièces d’un moule en plâtre à deux pièces. Les bras, accessoires sont moulés à part. Les vêtements posés sur les corps sont faits à la main : veste, nœud de chemise, tissus reproduits. Ce sont des santons entre onze et dix-sept centimètres (plus grands, ils ne tiennent pas sans cuisson) et sont soutenus à l’intérieur par des tiges de fer. Il y a plusieurs tailles. Ils sont en terre séchées, se cassent facilement, donc on les change souvent, c’est une production qui n’est pas chère à la vente et se vend bien. Peu nous sont parvenus car très fragiles. Ils sont entièrement peints et les accessoires vernis. C’est une époque de croissance de ce métier. C'est-à-dire, qu’il s’en fabrique beaucoup et nous verrons plus loin, que ces figuristes étaient très nombreux au cours de ce siècle. C’est à cette époque, que se figent les costumes, et que se multiplient les personnages. En parallèle avec les pastorales, c’est au cours du XIX, que naissent les bergers, la F à l’ail, le boulanger, le pêcheur, la poissonnière… C’est la période la plus créative, tous les ans de nouveaux personnages, viennent agrandir cette crèche provençale. Ce sont ces santonniers et leurs clients qui créent ce mouvement d’appropriation de la crèche et donc le santon provençal. Est- ce que l’offre précède la demande ou l’inverse ? Le XIX c’est la créativité artistique et la pérennisation de ce phénomène : la naissance du santon. |
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Thérèse Neveu à Aubagne, cuit les santons pour la première fois dans un four potier (ville où se trouvent de nombreux potiers). Cette cuisson se généralise après la deuxième guerre mondiale. Au début, les santonniers vont cuire chez les potiers puis achètent leurs propres fours. Cela rend le santon plus résistant, il peut voyager et être expédiés. Dans les années cinquante c’est aussi la création du santon habillé, qui reprend la tradition des crèches baroques. Puccinelli, Chave, et Jouglas créent leurs santons habillés qui seront repris au fur et à mesure par tous les santonniers. On peut innover avec les santons habillés et créént de nouveaux personnages, car les santons de crèche sont codifiés depuis le siècle dernier. Le XXe siècle , c’est l’évolution technique et la croissance économique du métier.
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