Histoire du Santon en Provence

 
   
 

Le Santon

La Creche dans les eglises
Un métier ?

Il y a une humilité profonde dans les débuts du métier de santonnier.

C’est un petit travail, qui se fait à temps partiel, comme nous allons le voir plus loin.

Le santonnier est un artisan avant d’être un artiste, si tant est qu’il en soit un, malgré ce que beaucoup d’entre eux disent.

Un artisan, car il crée de ses mains, aucune technique industrielle pour les vrais santonniers !

Il travaille comme il y a deux cent ans, c’est un gardien d’un savoir-faire ancestral

 

Une appropriation familiale

L’atelier, surtout au XIX siècle, c’est une pièce de la maison même. L’annexion pure et simple, de la salle à manger, quand l’atelier ne suffit plus au stockage des santons et des crèches à l’approche de Noël.

Car c’est un travail à temps partiel, pour les trois ou quatre mois de la fin de l’année. On travaille le soir après son travail régulier.

Au XXe siècle, on passe à de vrais ateliers, avec un nouveau statut de travail à l’année.

 L’atelier est un lieu complexe. Il faut faire cohabiter toutes les étapes de la fabrication, qui sont très différentes et ne font pas toujours bon ménage.

En effet, les salissures de l’argile affectent la peinture mais surtout les tissus qui doivent rester propres.

Il faut compartimenter au maximum les étapes de fabrication.

Il faut de la place, pour ranger tous les moules, les tissus, les habits confectionnés, les accessoires, les blocs d’argile, le ou les fours de cuissons et les tables à travailler, les pots de peinture..

Un atelier où on travaille ressemble plus à un capharnaüm, qu’à un endroit bien rangé !

Il y a un lien profond entre le métier et la vie personnelle du santonnier. Souvent, il n’y a pas de distinction.

 

   
 

Une identite religieuse et regionale particuliere a Marseille au 19e siecle

Les ateliers de figuristes ou statuaires se trouvent à Marseille et Avignon essentiellement. Quelques uns existent aussi à Aix, Aubagne (avec les potiers) et Toulon.

Il est important de noter, que le mot de «santonnier » n’existe pas, il est crée à la fin du XIXe siècle, vraisemblablement par le journaliste Horace Bertin.

 Ce sont ces artisans qui vont se mettrent à fabriquer des santons.

Ils sont plâtriers, et créent des figurines dans ce matériau et fabriquent en parallèle des figurines pour Noël, car ils sont aguerris au travail statuaire. Les principaux noms sont Batelier, puis ses deux fils.

Il y a également des créateurs des statues d’Eglise, en carton habillés, qui peu à peu travaillent pour le grand public de la foire aux santons. Ce sont les Galard, père et fils.

Il y a des liens entre ces deux mondes, qui peu à peu n’en font plus qu’un. Souvent les fils savent faire les deux techniques.

Le travail de création de ces statuettes en argile, n’a lieu que pour les fêtes de fin d’année.

Les Truffier étaient paveurs le reste de l’année au XIXe siècle, puis taxi au XXe, ils faisaient en plus le soir, le stock de santons devant être vendus à la foire de Marseille.

On peut parler d’une catégorie sociale modeste d’artisans et d’ouvriers, qui arrondissent leurs revenus avec cette activité saisonnière. La femme et les enfants aident à ce travail, qui se fait à la maison. On voit là, le lien fondamental de cette activité entre le domaine professionnel et familial.

C’est souvent la femme qui vendait lors de cette foire, avec les enfants à proximité, pendant que le mari travaillait. Même aujourd’hui ce schéma existe toujours !

Au milieu du XIXe siècle la croissance de la foire s’amplifie, ainsi que le nombre de santonniers.

Peu à peu des dynasties se créent. Nous le verrons plus loin.

C’est pendant ce siècle, que se forge l’identité du santonnier et les règles de fabrication du santon.

Les santonniers de ce siècle forment une sorte de confrérie, ils ont tous les mêmes soucis, ils s’entraident. En effet, quels artisans travaillent avec les mêmes outils ? A part les agriculteurs qui se prêtaient leurs tracteurs pour les labours ?

C’est une autre manière de travailler et de penser.

Ils travaillent toute l’année chacun dans leurs branches et se retrouvent au moment de Noël. On pourrait même dire que c’est plus un plaisir qu’un travail. Le côté amical de la foire aux santons de Marseille, ou l’on vit ensemble pendant un mois rapproche les santonniers entre eux.

Quel autre métier peut fonctionner comme ça ? Plus par amour que par mercantilisme.

C’est plus un mode de vie, qu’un métier.

Des changements profonds vont modifiés cette manière de travailler et de vivre au XX.

 

   
 

La foire aux santons de Marseille

Tout d’abord, à partir de 1940, on trouve dans les registres administratifs la profession de santonnier. Selon Régis Bertrand, c’est Joseph-Marius Truffier (1877-1949), qui le premier a été inscrit en tant que santonnier comme profession, sur son acte de décès en 1949.

Dans les années soixante, se crée une section santonnier au Meilleur Ouvrier de France.

 La multiplication des foires aux santons dans toute la Provence et en France devient un phénomène de mode.

Après la deuxième guerre mondiale, la municipalité d’Aubagne offre de nombreux avantages aux santonniers qui viennent s’y installer, pour redynamiser la ville. On communique habilement cela aux touristes, la proximité de Marcel Pagnol aidant, Aubagne devient la ville du santon dans l’esprit de la majorité des gens et Marseille ne réagit pas.

 Jusqu’à la fin de la guerre 39-45, les mêmes familles que nous verrons tout à l’heure et la même mentalité perdure dans le petit monde des santonniers.

Mais des bouleversements vont faire radicalement changer le métier, qui devient une profession.

En premier lieu, la cuisson des santons ouvre de nouveaux marchés, plus de profit et plus de débouchés économiques.

En second lieu, les congés payés, amènent des touristes qui cherchent des produits typiques de leurs vacances à ramener en souvenirs.

En troisième lieu, la télévision et la radio projettent l’image de la foire aux santons de Marseille dans toutes les régions françaises. On attire la curiosité sur cette manifestation.

Enfin, la mode du mobilier rustique et de la décoration se développent et en conséquence, les magasins de déco et de cadeaux passent des commandes toute l’année, dans la France entière.

Pour toutes ces raisons, le santon habillé devient à la mode. On le vend toute l’année et on va le fabriquer toute l’année.

En conséquence, le travail à temps partiel pour Noël se transforme en travail à temps plein. On passe d’un travail familial à l’embauche de nombreux employés. De grands ateliers se créent.

Attiré par un nouveau métier prometteur et qui semble joyeux, de nombreux jeunes prennent un registre des métiers comme santonniers.

En même temps, les vieilles dynasties s’éteignent.

   
 

Le 19e marque l'essor de l'art santonnier

Je vais m’arrêter un instant, pour faire le lien entre tout ce que je vous ai dit et ces deux dernières parties que nous allons évoquer ensemble. Ici, s’arrête le travail de l’historien au sens scientifique du mot, tel qu’on me l’a enseigné en faculté.

Ici commence, ma part personnelle, celle de l’héritière de sept générations de santonniers.

Ceci ne se trouve pas dans les archives et les livres. C’est la petite histoire, les petites histoires…

Etre santonnier, faire partie d’une famille de santonniers, c’est un sentiment très fort entre des Hommes et des santons.

C’est un mode de vie particulier et un calendrier à part.

C’est l’union de toute une famille pour une vocation.

C’est du travail en plus, des fêtes de Noël inexistantes pour les enfants. Des sacrifices, pour une gloire éphémère, celle du plus beau santon, sur le champ de foire durant un mois.

En tous cas, la transmission du savoir faire et des secrets de fabrication s’opère.

Le plus important, dans ces familles, ce sont les moules. C’est le vrai trésor du santonnier.

C’est ce qu’il transmet, c’est son style et l’histoire du santon et de sa famille ensemble.

Une dynastie, c’est savoir s’adapter, et même anticiper.

Je prends l’exemple de ma famille, où les générations qui se côtoient ont fait cela : ma mère à su développé les santons habillés, sa mère et son grand- père ont continué les crèches et les santons peints.

Ce sont ces familles qui ont fait l’histoire du santon, ils sont les novateurs de cette époque, ils ont crée les personnages de la crèche et donné ses heures de gloire à la foire aux santons de Marseille.

 J’associe aux TRUFFIER, les GAUBERT, CAYOL, JUNOIS, PAGANO, CHAVE, PEIRANO et DEVOISSOUX.

Mais ce qui est intéressant de souligner, c’est la fracture qui existe dans les années cinquante et soixante, où beaucoup d’entre elles s’éteignent. Les enfants ne reprennent pas le flambeau ou s’éteignent naturellement.

C’est précisément à ce moment que le métier change, se professionnalise, se développe.

La mentalité évolue simultanément à l’arrivée de nouvelles familles santonnières.

C’est pour cela, que les Truffier ont une place à part, car ils ont gardé cette mentalité d’avant- guerre, héritée du XIXe siècle, tout en y associant les nouvelles données économiques.

Ces nouveaux santonniers ne connaissent pas l’entraide, ils arrivent pour faire de l’argent, en exerçant un métier comme un autre.

C’est pour cela, que les Truffier ont une place à part, car ils ont gardé cette mentalité d’avant- guerre, héritée du XIXe siècle, tout en y associant les nouvelles données économiques.

 

   
 

L'evolution du santon au 20e siecle

On peut dire, que la forte croissance du nombre de santonniers a profité de l’engouement de la France pour les santons.

Aujourd’hui, la mode et les goûts changent, le santon habillé connaît un recul impressionnant. Le santon peint, fidèle à la tradition de Noël reste encore d’actualité et connaît même un regain d’intérêt.

Cependant, les santonniers doivent faire face à de nombreux problèmes.

Un certain nombre arrêtent leurs activités.

Ils engendrent alors un nouveau phénomène, qui a toujours existé mais dans des proportions différentes : la vente de moules à des néophytes, qui se déclarent alors santonniers !

Face à ces nouveaux, le vrai santonnier, qui résiste à la récession économique, voit certains de ses confrères allés fabriqués à l’étranger et revenir avec des prix cassés et des marges plus importantes.

A cela s’ajoute, les différents statuts juridiques qui pénalisent les artisans par rapport aux artistes libres non soumis la même TVA. Voilà donc que réapparaît cette différence entre les artisans et les artistes !

On peut ajouter à cela, la dévalorisation du métier manuel et les gouffres administratifs et fiscaux découragent les plus volontaires.

Il n’existe pas de vraies chartes de qualité ou de contrôle de qualité.

N’importe qui peut se déclarer santonnier, il n’y a pas de formation reconnue.

Il faut savoir, que le coût de revient d’un santon ne cesse d’augmenter, car le travail à la main fait en France est soumis à des charges monstrueuses et le prix ne peut pas suivre en fonction.

Enfin et surtout, la clientèle a perdu l’œil et ne sait plus reconnaître un vrai d’un faux santon.

Je ne dis pas un beau, d’un vilain santon !

Toute statue n’est pas un santon et tout le monde n’est pas santonnier !

On peut parler de déclin quand on regarde la qualité de nombreux santonniers, qui ne savent pas travailler traditionnellement soit par ignorance, soit par intérêt.

Le renouveau existe, avec de jeunes doués ou encore, par la créativité de certains qui savent allier la tradition de la fabrication et la mise au goût du jour des personnages (l’apothicaire, l’avocat, l’apiculteur, le ramasseur d’olives…santons de la révolution en 1989).

 

[En conclusion]

   
     
   
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